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Écrit par Le chiffre 55501150753
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05-03-2010 |
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 Jeunes, vieux, riches, pauvres, hommes, femmes, les offres des banques sont de plus en plus segmentées. Seulement, pour la banque, la segmentation est une conséquence d'une idéologie perfide: l'accroissement des inégalités qui sont déjà à un niveau jamais atteint. Cette idéologie diffuse et insconsciente pour le tiers état des salariés des guichets est un dogme pour les dirigeants des banques. Florilège des vecteurs de l'accroissement des inégalités. Derrière des critères purement objectifs (rentabilité, prévisions de revenus futurs, fidélité...), la politique des banques est le tracto pelle qui creuse encore plus le fossé des inégalités. Sans nier la nécessaire rentabilité des banques, les banques du futur prendront conscience de leur nécessaire réforme idéologique ou elles seront balayées. 1- Le prêt étudiantClient riche (CR) : il aura droit à un prêt grandes écoles. En même temps, ingénieur ou cadre sup, il pourra placer son épargne chez son gentil banquier. Pourtant, les clients "informés et éduqués" sont parmi les clients les plus infidèles. Client pauvre(CP) : pas de dispositif pour les BTS/DUT/LICENCE. Futur technicien ou agent de maîtrise, tu te financeras par des petits boulots et ton taux d'échec grimpera très vite.
2-Le prêt consommation CR : il aura droit à un prêt consommation affecté aux petits oignons. Un taux bas et un prêt géré par son conseiller . CP : il aura droit au prêt revolving de la filiale de crédit à la consommation. Merci pour le taux à 20.8%.
3-La carte de paiement CR : Carte INFINITE ou¨PLATINIUM. Gratuité par tacite reconduction. CP : Carte à demande d'autorisation systématique (refusée sur les autoroutes). Cotisation à payer chaque année.
4-Le package de services CR : le client riche a bien compris (car bien informé) qu'il est préférable de souscrire les produits et services à l'unité et d'en négocier les prix CP : le client pauvre est très bien équipé de services qu'il n'utilisera que très peu.
5-Les assurances CR : le client riche est très souvent assuré chez un vrai assureur. Pourtant , certains se laissent tenter par leur banquier qui leur vend les assurances haut de gamme dont la rentabilité rééelle est très discutable (un formateur m' a révélé que son assurance santé haut de gamme était déficitaire mais que c'était un produit de PRESTIGE...). CP : croyant plus pratique de ne disposer que d'un seul interlocuteur bienveillant en cas de fins de mois difficiles, le CP souscrit bien volontiers aux assurances de sa banque. Le banquier sympa et compréhensif (mais finalement totalement incompétent en assurances) lui enlèvera quelques garanties pour apparaître comme moins cher que le gentil assureur.
6-La bourse CR : tu seras conseillé par un BAC +4/5 fraîchement sorti d'une école de commerce, pour ainsi dire par un gars qui n'y connaît fraîchement rien et qui te fourgueras n'importe quoi pour pouvoir soit payer son prêt étudiant sur 6 ans (fils de classe moyenne) ou pour assurer son niveau de vie comme bon fils à papa qu'il est (fils de la haute société). Il te dira connaître la bourse car il lit les revues spécialisées (LES ESCROCS, LA TRITHUNE...) et qu'il consulte toute la journée BOURSEMAMA et BOURBIER.COM. Il te parlera de diversification, de versements programmés qui cassent la volatilité , mais te vendra dans la plupart des cas les produits à fourguer du moment. Pars vite chez une Banque Privée indépendante dès que tu le peux. CP : tu te verras proposer par un gentil guichetier, un PLAN BOURSICOTEUR où tu épargneras mensuellement. Ton conseiller ne sait absolument pas ce qu'il y a dedans, donc tu te débrouilleras tout seul. La valorisation est elle aussi compliquée et peu disponible, tu attendras donc fatalement ton relevé annuel. Bref tu t'es fait avoir, tu crois épargner, mais tu es un vrai petit capitaliste qui joue en bourse avec de l'épargne de précaution. Merci banquier.

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Écrit par Luc Skaimarcheur
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28-02-2010 |
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Clitorine fait une demande d'extourne
La matinée a été rude pour Clitorine, sympathique conseillère clientèle particuliers à l'agence Génépargne de Froidhiver. Un client particulièrement pénible (on dit "exigeant" en langage bancaire) lui fait des misères. Ce professeur de maths est à mi-temps : une semaine de travail, une semaine d'arrêt pour dépression nerveuse. Alors, il peut venir très souvent embêter Clitorine avec ses tableaux excel. Lors du dernier entretien bimensuel, il était très énervé. Il avait repris tous les extraits de compte de son livret A sur les trois dernières années et il ne parvenait pas à recalculer à la main les intérêts qui lui étaient dus. Notamment pour l'année 2009, où il était arrivé à une différence de 4.67 euros en sa défaveur, forcément.
Comme il le dit, c'est pas une question d'argent, c'est une question de principe. Et pour le principe, il ne veut pas perdre d'argent. Il réclame ses 4.67 euros. Clitorine lui explique qu'elle doit demander à son chef. Elle ne peut rien faire à son niveau. Elle n'a pas la délégation. Dans la banque, les conseillers ont toujours la délégation pour prendre tous les frais possibles et imaginables, mais jamais pour les rembourser. Le client reparti, Clitorine rédige sa demande d'extourne. Elle explique que c'est un bon client, fonctionnaire, fidèle, qu'il a de l'épargne sur les comptes, qu'il n'est jamais à découvert et que vu le montant ridicule de la somme à rembourser, c'est peut-être pas la peine de se prendre la tête trop longtemps à rédiger des romans à la con pour expliquer le pourquoi de la chose. Hop ! Elle envoie son mail... Alea jacta est, comme disaient les Grecs.  Réponse de son directeur d'agence deux jours après : "Bjr, Clito, quelles sont les contreparties négociées ? assurance-vie ? IARD ? PEL ? carte visa gold platinée ? à te lire... pense à l'enveloppe d'oblig qu'on doit placer avant fin semaine !" Clitorine s'énerve : "contrepartie négociée : le client reste client et il me foutra la paix pendant au moins deux semaines."
Le directeur répond : "tu as des argumentaires à ta disposition dans l'intranet pour t'aider à négocier." Clitorine : "négocier quoi sur 4.67 euros ?"
Le directeur : "essaye de négocier que 30% d'extourne, c'est rapport au compte de résultats de l'agence, tu comprendras quand tu feras l'ITB."
Clitorine : "soit vous remboursez 100% sans faire d'histoire, soit je m'arrange pour tomber enceinte, histoire de plomber l'effectif et les résultats de l'agence pour le reste de l'année." Le directeur d'agence sort de son bureau, traverse le couloir et vient taper à la porte de Clitorine : "bon OK pour cette fois, mais tu dis rien aux autres collègues, moi j'ai la direction régionale qui me note sur mes pourcentages d'extourne, et pense aux obligations, putain on est en retard sur les autres agences, fais ce que tu veux, fous une mini-jupe, enlève ta culotte, mais refourgue moi de l'oblig !"
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Écrit par Marcus Fiorentini
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07-02-2010 |
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Depuis 18 mois, Clitorine est Conseillère clientèle particuliers à l'agence Génépargne de Froidhiver. Elle s'occupe de ce que l'on appelle en terme bancaire "le vivier". Le vivier est composé des pires clients de l'agence. Les anciens collègues ne voulant plus en entendre parler, on les confie à une petite jeune qui ne pourra pas dire non. Et Clitorine ne dit jamais non. Le vivier concentre tous les cas sociaux du secteur. Les interdits bancaires, les assistés, les chasseurs d'allocations familiales, les vrais/faux chômeurs, les repris de justice... bref le coeur de cible de la Génépargne en matière de conquête. Il est beaucoup plus facile d'ouvrir le compte d'un pauvre que le compte d'un riche. Le pauvre se sent flatté d'être démarché par un banquier en costume-cravate. Surtout s'il vient à son domicile. C'est un rêve pour lui qu'un type en CDI prenne le temps d'écouter sa misérable vie pour lui faire des propositions personnalisées de placement. Alors qu'il n'a rien à placer. Les jeunes collaborateurs de la Génépargne aiment les pauvres. Sans eux, jamais ils ne parviendraient à réaliser leurs objectifs annuels de 70 ouvertures de compte à des nouveaux clients.  Clitorine a tenté une fois d'aider un client. C'était pendant sa première semaine en tant que conseillère. Très émue par l'histoire de cette mère de famille célibataire, elle a cru judicieux de lui racheter l'ensemble des ses crédit revolving souscrits par téléphone pour un total de 24 000 euros. Elle a étalé les mensualités sur 84 mois et en a profité pour glisser à la cliente un produit de prévoyance à 17 euros par mois et une petite assurance décès. Ni vue, ni connue, Clitorine était satisfaite de son coup. Faut bien faire tourner le compteur des stats. Le compte de la cliente est repassé dans le vert pendant deux bons mois... Avant de replonger dans le rouge. Quelle ne fut pas la colère de Clitorine lorsqu'elle découvre que sa cliente a replongé dans le piège du crédit revolving. Car une fois les encours remboursés, les organismes de crédit ont harcelé la cliente pour qu'elle puise à nouveau dans ses réserves reconstituées d'argent... Dans la banque, on ne prête qu'aux riches, car seuls les riches nous remboursent. Clitorine a retenu la leçon.  Clitorine déprime. Elle a déménagé sur Froidhiver pour limiter ses frais de route. Dans la banque, une augmentation de salaire ne couvre jamais les frais kilométriques générés par la promotion. Depuis qu'elle habite sur place, elle se cache pour aller faire ses courses. De peur de croiser dans les rayons du supermarché un client mis interdit bancaire dans la semaine. Elle comprend pourquoi tous les collègues habitent à minimum 40 kilomètres de l'agence. Quand elle va chez le gynécologue pour se faire recoudre après une soirée bien animée entre collègues, elle est gênée de voir quelques unes de ses clientes dans la salle d'attente. Clitorine a honte de son métier. Et puis Clitorine est lassée de remplir des tableaux. Tous les jours, elle doit mettre des bâtons dans des cases. On appelle cela le reporting. Un bâton par rendez-vous pris. Un autre bâton pour chaque compte ouvert. Puis un bâton par produit de prévoyance vendu. Puis un bâton par assurance vendue. Etc... Et si elle ne met pas assez de bâtons dans les cases, c'est elle qui se prend un coup de bâton en fin de semaine. Elle ne comprend pas bien à quoi ça peut servir de remplir des tableaux à la main dans la mesure où l'outil informatique permet de savoir à chaque seconde qui a vendu quoi à qui et combien.
Le matin, son Directeur d'agence lui lance : "Alors Clitorine, combien ça va aujourd'hui ?" Clitorine n'en peut plus du combien. Elle ferait bien comme son autre collègue Caro de l'agence, qui à 34 ans seulement, cumule déjà les arrêts de travail, RTT et congés payés pour réduire au maximum son taux de présence. Mais Clitorine doit continuer à travailler pour la Génépargne. Elle a craqué sur une Peugeot 207 CC.
 C'est la Génépargne qui lui a financé à un taux privilégié. 4,9% sur 5 ans au lieu du 5,1% réservé à la clientèle. Par précaution, son directeur d'agence a fait gager le véhicule. Il lui a dit qu'on ne pouvait pas trop avantager une employée par rapport à la clientèle, à cause de l'Urssaf et du code de déontologie qui figure dans l'intranet mais que personne n'a jamais lu à part le déontologue lui-même. Et puis, comme elle a un petit salaire, au niveau du scoring, ça ne passait pas sans sûreté réelle. Clitorine est bien notée par la hiérarchie. Elle est à 110% de son objectif annuel. Pour la récompenser de ses efforts, son directeur a décidé de lui confier une part non négligeable des objectifs de Caro. Elle a du mal à les faire, comme elle n'est jamais là. Faut faire jouer l'esprit d'équipe. Cela n'a pas de sens d'encourager la réussite individuelle si le reste de l'agence est à la rue.
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Écrit par Carla Marx
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09-08-2009 |
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Fabien est âgé de 28 ans. Titulaire d'un BTS "farce de vente", il a choisi de faire carrière dans le secteur bancaire plutôt que d'aller gagner de l'argent dans la grande distribution. Cela fait maintenant 6 ans qu'il travaille à la Banque Génépargne de Vesoul. Embauché à 1100 euros nets (à une époque où la participation et l'intéressement permettaient de justifier des salaires dignes d'un ingénieur roumain de chez Dacia), il a toujours très largement dépassé ses objectifs commerciaux. La banque a vite remarqué ce jeune talent. Si bien qu'aujourd'hui, il est devenu le numéro 2 de son agence. Il seconde le directeur d'agence. Ce qui signifie qu'il le remplace quand il est absent (environ 1 jour sur 3) et qu'il doit se taper ses objectifs en plus des siens. Mais ça, c'est en pratique. Sur sa feuille de salaire, il est toujours technicien niveau C des métiers de la banque. Par contre, il culmine désormais à 1236 euros nets. Fabien a décidé de prendre sa destinée en main. Il est très remonté au moment de négocier ses objectifs 2009 avec le directeur régional.  -Bon, Fabien. Je dirais qu'aujourd'hui, la banque a eu raison de te faire confiance, tu as cartonné en 2009 et tu finis à 148% de l'objectif en taux d'atteinte. C'est pas trop trop mal... -Ah, et il fallait que je fasse quoi pour que ce soit bien ? -Il fallait terminer à 224%. Les objectifs sont faits pour être dépassés. -Cela étant, la banque a terminé dans son ensemble à un petit 74%... -Ce qui compte, c'est la contribution des performances individuelles à la performance collective. Sans équipe, l'individu n'est rien. -Et les plus belles performances sont celles qui durent. -Tu comprendras donc que pour ta dernière demande d'augmentation de salaire, je ne donnerai pas suite. Il faut penser à l'équipe. -C'est à dire ? -Je ne peux pas récompenser une trop bonne performance individuelle quand l'équipe n'a rien foutu de l'année. Question de principe. -Donc, si je comprends bien votre argumentaire de vente à la Darty... Il faudrait que je sois mauvais quand l'équipe est au top du classement commercial pour être augmenté ? -Non plus, car dans ce cas-là, tout le monde touche de la participation et de l'intéressement. -Je dois faire quoi pour résumer ? -Me faire confiance. La banque saura te récompenser le moment venu. -Bon, ce que je vous propose pour mes objectifs 2010, c'est simple. Vous me donnez des objectifs ambitieux. Non seulement je ne les ferai pas mais en plus, je ferai en sorte de générer le maximum de dossiers envoyés au contentieux, histoire de bien bien provoquer un maximum de pertes pour l'agence. OK ? Après, vous me mettez à la porte en me donnant un chèque de disons... environ 650 000 euros ! D'accord ? -C'est n'importe quoi ! -Ah bon, c'est pourtant ce que la banque vient de faire avec notre PDG. Il nous a mis au bord de la faillite et là, il vient de se tirer avec 24 millions d'euros. -C'est pas pareil, lui, c'était prévu dans son contrat au départ. Sinon, il ne venait pas bosser pour nous il y'a 3 ans. Et puis, lui il a fait une école de commerce. Alors, on ne peut pas lutter.
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Écrit par Susan Boyle
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03-07-2009 |
 Jean-Pierre et Gisèle, un couple de jeunes retraités de 55 ans (vive les plans de départ anticipé à la retraite et de cessation progressive d'activité !) cherche à vendre leur maison située dans le 90. Ils veulent réaliser leur rêve de toute une vie en achetant un coquet F1 de 23 m2 au soleil à Fréjus pour 185 000 euros. Mais voilà, la crise est passée par là. Difficile de trouver des acquéreurs solvables à cause des banques qui ne jouent pas le jeu en refusant d'accorder des prêts immobiliers sur 35 ans sans apport à des jeunes en CDD. "Tout ça, c'est à cause des Américains et de leur crise du "Subaru-Prime". On a trimé toute notre vie pour payer notre maison achetée 110 000 francs en 1982. C'est en vente depuis plus de 6 mois. On l'a mise dans 8 agences différentes. On a déjà baissé une fois le prix. Mais maintenant, c'est hors de question de baisser plus bas. On ne va pas la brader quand même ! On en veut 285 000 euros. Faut pas oublier qu'on a fait un paquet de travaux depuis qu'on l'a. On a fait installer du survitrage en 1992 pour les économies d'énergie et on a changé le brûleur de la chaudière au fioul en 2003. Sans oublier le carrelage de la cuisine et le store sur la terrasse pour le soleil. C'est une maison mitoyenne, d'accord, mais la voisine de gauche est décédée de la canicule en 2003. Elle a été retrouvée par les pompiers chez elle le mois dernier."  Jean-Pierre et Gisèle n'ont plus le coeur à rien. Ils ont cessé d'entretenir la maison. Le lambris qui recouvre le plafond du séjour n'a pas eu droit à sa couche annuelle de laque. Et le jardin de 102 m2 est laissé à l'abandon. Le couple ne dort plus. La proximité de l'autoroute et de ses nuisances ne sont pas en cause. C'est qu'ils ont déjà signé une offre pour l'appartement de Fréjus. Et à cause de leur banquier, ils se retrouvent avec un prêt immobilier à leur âge. Eux qui pensaient rembourser rapidemment leur crédit-relais, les voilà pris au piège du système financier mondial. Alors Jean-Pierre a pris la décision qui s'imposait. Le genre de décision que l'on ne prend qu'une fois dans sa vie, après avoir mis sa fierté de côté. En tant que chef de famille responsable, il a pris son courage à deux mains. Il a écrit à M6 pour participer à l'émission "Maison à vendre". Il compte sur les conseils de Stéphane Plaza pour vendre sa maison rapidemment sans la brader. Alors c'est certain, il faudra faire des sacrifices. Investir au minimum dans les 700 à 800 euros pour faire de coûteux travaux de décoration. Sans compter tout le travail pour repeindre le lambris du plafond en blanc. Le bonheur est à ce prix. Et en tant de crise, il faut savoir s'adapter. Pour multiplier ses chances d'être sélectionné, Jean-Pierre a déjà envoyé 285 lettres à M6.
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Écrit par Le banquier masqué
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30-07-2008 |
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Septembre 1999 - Je viens d'obtenir ma maîtrise de droit privé aux oraux lors de la session de rattrapage de septembre. Coup de bol, je suis tombé sur "les régimes matrimoniaux". Heureusement, parce que j'avais rien révisé en droit pénal. Trop tard pour s'inscrire dans un DESS ou un DEA, ce qui m'aurait permis de retarder mon entrée sur le marché du travail d'une année. Je suis donc obligé de rechercher du travail. Pas le choix, j'ai perdu mon statut étudiant et ma chambre au CROUS qui va avec. J'arriverai encore à m’arranger pour manger au resto U en fraudant avec une fausse carte d'étudiant mais l'étau se resserre. Va falloir que je travaille.
Avril 2000 - Les seuls boulots que j'ai trouvés dans le juridique sont des emplois jeunes (CDD de 5 ans au SMIC) dans des associations d'aide aux victimes de violences conjugales. Aux entretiens, on m'a demandé si je savais faire preuve d'empathie. Ne connaissant pas le sens de ce mot, j'ai répondu oui. Après j'ai regardé dans le dictionnaire et je me suis rendu compte que j'avais menti. Je n’ai pas franchement envie de passer ma vie à écouter mes semblables pleurer sur leur sort. La compassion, c'est pas mon truc. Moi, je veux gagner du fric facilement et rapidemment. Quand je me suis inscrit à la fac de droit, c'était pour devenir juge ou avocat, à la limite directeur juridique d'une boîte du CAC 40 si j'avais échoué. Après 4 années d'études, le constat est simple. Le concours d'entrée à l'école nationale de la magistrature est trop dur. Devenir avocat c'est plus facile, mais sans un solide réseau de relations, je vais me retrouver au SMIC comme commis d'office à défendre des jeunes délinquants qui ont mis le feu à des voitures de police. Et pour trouver un travail dans le privé, ce n'est pas facile non plus, on est déjà 500 sur Dijon à avoir eu la maîtrise et à avoir inondé toutes les entreprises de la région de nos CV.  Octobre 2000 - Je viens de trouver un boulot de "négociateur en immobilier" chez Century 21. C'est la classe. J’ai l’impression de bosser dans le cinéma (rapport à la Twentieth Century Fox, c’est presque le même nom). J'ai une veste jaune et un statut social. J'avais vu sur leur site internet qu'ils recrutaient 4500 jeunes diplômés sur toute la France. J'ai été embauché tout de suite. Avec ma formation juridique et mon expérience de la vente (2 mois à la caisse du supermarché de mon quartier pendant l'été 1996), j'avais le profil idéal. En plus je présente bien et je parle couramment le français. J'entame un cycle de formation. Novembre 2000 - Mon premier séminaire de formation dans une salle de l'hôtel Ibis de Beaune, à côté de la sortie d'autoroute. Quand j'étais à la fac, j'étais un chômeur en puissance. Maintenant je suis un négociateur. Heureusement que j'ai la veste jaune, la salle est mal chauffée. C'est la première fois que je vais dormir une semaine à l'hôtel. J'ai repéré dans le groupe une jeune collègue qui m'a l'air assez ouverte. On révisera ensemble les argumentaires de vente dans ma chambre le soir. Je découvre les joies du buffet à volonté lors du petit-déjeuner. J'apprends les rudiments du métier : -bien connaître son quartier -distribuer des prospectus dans les boîtes aux lettres -appeler le plus vite possible les vendeurs qui passent des annonces quand les gratuits sont distribués -faire du porte à porte dans les immeubles pour chercher des biens à vendre -positionner ses pancartes -rédiger des annonces -apprendre par cœur les argumentaires de vente -faire des estimations au pif… euh… en utilisant l’outil informatique du réseau qui recense toutes les transactions -remplir correctement les mandats de vente -faire la différence entre un mandat simple, exclusif ou semi-exclusif -faire signer des compromis de vente -faire des calculs de prêt immobilier à la calculatrice financière ... Y'a rien à redire, ce sont des méthodes à l'américaine. On fait des mises en situation à la caméra. Un coup, je joue le client, un coup je joue l'agent immobilier. On apprend à répondre aux objections. J’ai le sentiment de devenir enfin quelqu’un. Maintenant je suis un professionnel de quelque chose. Avant, j’étais un étudiant de rien du tout. Décembre 2000 – Retour en agence, je tourne à 2 mandats de vente par semaine. Le marché est porteur. Les banques nous démarchent pour qu’on fasse de la prescription. En gros, quand un client signe un compromis, on remplit une fiche pré-imprimée et on la faxe à la banque au numéro inscrit en haut à gauche. Après, l’agence touche 1% du montant du prêt et moi j’ai une commission fixe de 200 euros. Je n’ai pas de mal pour prendre des mandats grâce à l’argumentaire qu’on m’a donné à l’hôtel « Vous en voulez combien de votre appartement ? 140 000 euros ? Très bien, je pensais la même chose. On est donc d’accord sur l’estimation. Ce genre de bien, ça part vite. J’ai vendu le même en deux semaines le mois dernier. Avec notre commission d’agence qui est à la charge de l’acheteur, on va présenter votre bien à 148 000 euros. Je vous ai préparé un mandat de vente exclusif. C’est ce qui nous permet de nous consacrer en priorité à la vente de votre appartement pendant 3 mois. Appuyez bien fort, c’est du papier carbone. »  Le métier est plutôt simple quand on est courageux et bien formé. Le mercredi, vous appelez avant vos concurrents les propriétaires qui ont passé des annonces de vente. Le jeudi, vous leur faites signer des mandats de vente exclusifs. Et le mercredi suivant, vous publiez la même annonce dans le même journal gratuit, avec en plus une jolie photo et le prix de vente gonflé de votre commission. Vous n’avez plus qu’à attendre que le téléphone sonne. Et surtout, il faut espérer que ça sonne le vendredi qui est votre jour de permanence à l’agence. Les acheteurs qui appellent le jour de votre permanence vous appartiennent à vie. Vous avez le droit de leur vendre n’importe quel bien qui est en stock. Mais vous avez tout intérêt à leur vendre un bien que vous avez rentré. Votre commission est plus importante. Vous touchez 15% de la commission hors taxes d’agence pour la vente + 15% si c’est vous qui aviez pris le mandat. Quand vous vendez le bien rentré par un autre collègue, vous n’avez que 15% et votre collègue touche ses 15%. Alors on a la pression. Je ne suis payé qu’à la commission. Si je ne vends rien, mon agence m’avance 800 euros à la fin du mois. Mais ça viendra en déduction des commissions futures. Si au bout de 6 mois je n’ai rien vendu, non seulement je devrai changer de travail, mais en plus, je devrai rembourser mon employeur de ses avances. Des fois, c’est la guerre à l’agence pour savoir qui sera de permanence le mercredi. C’est le jour où les journaux gratuits sortent sur la région. C’est là qu’il y’a le plus d’appels. Alors pour éviter toute forme de conflits dans l’agence, c’est le patron de l’agence qui se garde le mercredi. Comme ça, ses collaborateurs ne se battent pas entre eux. Le climat est plus sain. Mai 2001 – Tout va bien. Je viens de m’acheter une Audi A3. Je tourne à 3 ventes par mois et je me fais dans les 6500 euros net par mois. Mes parents sont fiers de moi. Je suis l’ancien de la fac de droit qui a le mieux réussi. Et j’ai de l’ambition. Comme j’ai une maîtrise de droit, je peux m’installer et obtenir de la préfecture une carte professionnelle pour faire des transactions à mon propre compte. Maintenant que je connais bien mon métier, ça m’ennuie de bosser pour enrichir mon patron. J’ai donc décidé de m’installer. Août 2001 – Je viens de monter ma SARL avec un capital de 7500 euros. Pour le nom, j’ai choisi « AAAAA Immobilier ». Ce qui me permet d’être en haut de la liste des agences immobilières dans l’annuaire des pages jaunes. J’ai loué un local au centre-ville de 30m2 pour 420 euros/mois. Je vais prendre une stagiaire pour répondre au téléphone et rédiger les annonces quand je serai dehors pour faire les visites.  Décembre 2001 – Mon entreprise fonctionne très fort. J’ai embauché 5 commerciaux. Ils ont le statut d’agent commercial. Comme ça, cela ne me coûte rien. Je leur verse des commissions quand ils ont vendu et ils se débrouillent avec les charges sociales. Pas de coût fixe pour mon agence. Ils sont très motivés. S’ils ne vendent rien, ils se retrouvent avec des dettes au niveau de l’URSSAF alors même qu’ils n’ont rien gagné ! C’est toute la beauté du système… Sans compter les frais de voiture qui sont à leur charge exclusive. J’ai eu une aventure avec ma dernière stagiaire. Maintenant, elle est en CDI, c’est ma seule salariée. Juillet 2002 – Je viens d’inaugurer ma quatrième agence. Je quadrille tout mon département désormais. J’ai 14 agents commerciaux sous mes ordres. Pour me faire de la pub, j’ai pris des petites SMART en leasing et j’ai collé dessus des autocollants aux couleurs de mes agences. Je continue à faire un peu de vente de mon côté, pour rendre service à mes connaissances. Je fais ça de la main à la main pour garder la main. Juillet 2005 – Déjà dix agences, maintenant, je rayonne sur toute la Bourgogne. Si je continue à ce rythme, je vais me faire racheter par une enseigne nationale. Mais mon objectif, c’est l’introduction en bourse. Après, je pourrai prendre ma retraite. Et je me suis constitué un joli patrimoine à titre personnel. J’ai 6 immeubles de rapport. J’ai deux millions d’euros d’encours de prêt à la banque. Aucun problème pour avoir des prêts étant donné tous les clients que je leur envoie par la prescription. J’ai réalisé un rêve de gosse en m’offrant une Porsche. J’ai pris un Cayenne plutôt qu’une 911, c’est plus pratique pour transporter les panneaux « à vendre ». Janvier 2007 – Je vais souffler un peu. J’ai un peu de mal à gérer mes seize agences sur deux régions. Le gros problème, c’est le turn-over. Dès qu’un agent commercial tourne bien, il se barre pour se mettre à son compte. Ils ne sont vraiment pas reconnaissants. Avec tout ce qu’ils me coûtent en formation, la moindre des choses, ce serait de faire preuve de fidélité. Juin 2007 – J’ai bien rigolé en découvrant le forum immobilier de Boursorama.com. Tout le monde parle de krach immobilier imminent. C’est vrai que les délais de transaction s’allongent un peu, mais étant donné la pénurie de logements, je ne vois pas comment ça pourrait baisser. Au pire, les prix vont stagner. Ma secrétaire en CDI vient de me mettre aux prud’hommes. Elle réclame des dommages et intérêts pour licenciement abusif. J’avais du m’en séparer parce que j’en avais trouvé une plus jolie à embaucher. Du coup, elle menace de porter plainte pour harcèlement si je ne lui verse pas une prime. Comme je n’ai pas voulu céder au chantage, me voilà aux Prud’hommes.  Mai 2008 – Dépôt de bilan. Incompréhensible. J’ai rien vu venir. Avec seize agences, en 6 mois, on a passé seulement 5 ventes chez les notaires. Pas suffisamment de commissions pour payer les charges fixes. Pas le choix. Juin 2008 – Le tribunal de commerce me refuse le redressement judiciaire. C’est la liquidation d’emblée. De toute façon, y’a pas grand-chose à liquider. Les SMART étaient en leasing. Je m’en moque, je suis rentier. Avec tous les apparts que j’ai en location, j’ai plus besoin de travailler. Au pire, je peux toujours revendre le Cayenne. Les 4X4 se vendent bien en ce moment. Le marché est haussier. Question de timing. Je viens de le passer à l’éthanol. Juillet 2008 - Ma banque vient de me ficher. J’ai des locataires qui payent mal leurs loyers et les échéances de prêt de mes investissements locatifs ne sont pas toujours payées. En plus, j’avais pris du taux variable et je suis obligé de remettre tous les mois de l’argent pour couvrir la différence. Je viens d’accepter un CDD payé au SMIC dans une association d’aide aux victimes d’accidents de la route pour pouvoir boucler les fins de mois. Je viens de mettre en vente mes immeubles de rapport. Mais comme les prix ont déjà bien baissé, ça ne va pas suffire pour tout rembourser. J’envisage un exil à Panama pour faire face à mes responsabilités. Il paraît que là bas, l’immobilier ne baisse jamais.

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